Junya Ishigami

publié le 15.04.2013 | texte Audrey Contesse

Les 58 maquettes mises en scène par Junya Ishigami permettent de dépasser l’esthétique évanescente de sa production et de pénétrer ses environnements alliant homme et nature. Des environnements conçus sur les logiques structurelles de la matière et des phénomènes naturels.

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Junya Ishigami | © A3

A+ En 2008, l’installation Balloon au Musée d’art contemporain de Tokyo montrait déjà votre intérêt pour le mouvement.
Junya Ishigami Ce n’est pas précisément le mouvement qui m’intéresse, mais le changement, l’évolution d’un environnement. Je prête beaucoup d’attention au vieillissement de l’architecture, aux changements du décor et des saisons. Mon architecture veut être le point de départ de l’évolution d’un environnement.

Néanmoins, certains de vos projets, comme KAIT workshop (2008) et House&Office (2005), créent des environnements qui contraignent le mouvement, en l’occurrence la déambulation pour forcer de nouvelles façons de vivre.
Je ne veux pas créer des espaces homogènes mais des types d’espaces variables. Les bâtiments doivent être actifs et contenir des espaces très caractérisés. L’homogénéité est pauvre car elle résulte uniquement de l’artificiel. Or tout ce qui nous entoure résulte du mélange de l’artificiel et du naturel. Ma recherche est donc plus pure car je mélange constamment artificiel et naturel.
58 maquettes reposent sur de longues tables dans l’exposition actuellement présentée à deSingel; pourquoi 58?
Elles forment une unité. L’équilibre entre ces 58 maquettes est très important. Certaines maquettes montrent de très petits mondes, d’autres présentent un projet et d’autres encore ne représentent qu’une pièce de mobilier. Ce sont des sauts d’échelle comme l’est la réalisation de l’architecture : on dessine un croquis et quelques étapes après, on obtient un bâtiment. Les visiteurs doivent voir l’ensemble des maquettes pour ressentir ce mécanisme; d’où la disposition des tables.
La diversité des maquettes révèle aussi le rôle de la maquette dans votre pratique architecturale.
L’architecture et l’espace ne résident pas que dans un bâtiment. Nous trouvons de l’espace dans tout. Prenons ce verre, je ressens son espace intérieur, sa hauteur, son épaisseur. Il en va de même pour une maquette : elle permet d’aboutir à de nouveaux espaces, au même titre que l’installation ou que cette exposition. Le dessin est tout aussi important. Il est l’abstraction des informations de l’architecture. L’échelle des bâtiments est toujours très grande par rapport à l’échelle humaine : nous ne pouvons pas embrasser l’ensemble d’un bâtiment en un seul moment. Dessins et maquettes sont essentiels pour comprendre l’ensemble des aspects du bâtiment.

Junya Ishigami – How small? How vast? How Architecture grows. | © A3

Junya Ishigami – How small? How vast? How Architecture grows. | © A3

En 2008, votre intervention dans le pavillon du Japon lors de la Biennale d’architecture de Venise lance votre carrière internationale.
Si nous travaillons toujours avec des bureaux locaux, je tiens à suivre tous les projets, à toutes les étapes. Je voyage beaucoup… Ce n’est pas évident de travailler à l’étranger, mais c’est intéressant. Construire un bâtiment est, de toute façon, toujours une organisation compliquée. Il y a toujours des différends avec les clients, les entrepreneurs, des problèmes au niveau du financement, des législations… des éléments qui compliquent notre organisation.
La réalisation de la boutique Yohji Yamamoto de New York (2008) a été ardue?
La relation avec le client était très bonne mais en revanche, la législation était très complexe : créer une nouvelle rue et un nouvel espace public à New York n’a rien d’évident.
Comment garder la même finesse d’exécution dans des pays aux législations et aux savoir-faire différents?
Les entrepreneurs japonais sont très précis et comprennent le processus de projet : au Japon, architectes, constructeurs et ingénieurs réalisent leurs études dans le même département. Nous pouvons donc échanger nos points de vue sur le concept, le dessin, la structure et la construction. Cette situation est très spécifique et ne se retrouve pas dans la majorité des autres pays. En connaissance de cause, cette différence peut être anticipée à la fois dans le dessin du projet et dans le process du bâtiment. Et puis on peut tirer bénéfice de ces différences. Dans le bâtiment que nous sommes en train de terminer aux Pays-Bas, par exemple, nous avons pu réaliser une structure en verre, ce que les législations japonaises empêchent.
Comment alliez-vous poésie et structure?
Je suis toujours en train de réfléchir à comment réaliser une idée. Cette réflexion prend en compte construction, structure, poésie, étude et analyse. Une idée peut parfois contenir plus d’éléments poétiques ou plus d’éléments structurels. Je garde ensemble les informations de l’environnement et les possibilités de la matière car je ne veux pas philosopher, mais construire. Ces deux aspects doivent être connectés en permanence, comme ils le sont dans la nature. J’essaie juste de réfléchir de la manière la plus naturelle possible.

Junya Ishigami – How small? How vast? How Architecture grows. | © A3

Junya Ishigami – How small? How vast? How Architecture grows. | © A3

 

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