Edito A+276

publié le 26.02.2019 | texte Lisa De Visscher

Un chantier marque le moment de la concrétisation d’un bâtiment. Après des mois, voire des années passés à créer, calculer et négocier, après l’incontournable phase de l’architecture sur papier, le projet prend enfin corps. C’est donc aussi un reality check : quel que soit le nombre de dessins en perspective, images 3D ou maquettes réalisés, ce n’est que sur le chantier, une fois que l’on est confronté à la réalité des choses, que l’on peut vérifier si les proportions, les qualités spatiales et l’effet des matériaux choisis correspondent bel et bien à ce que l’on avait imaginé.

Davantage encore lorsqu’il s’agit de transformations et restaurations complexes, nombre de chantiers sont un lieu d’étude permanente, un lieu de progrès, de nouvelles découvertes, d’adaptations et de décisions conceptuelles. La restauration de la Boekentoren de Henry Van de Velde à Gand par Robbrecht en Daem architecten (›p. 34) s’est avérée être une petite prouesse précédée de plusieurs années d’étude, tandis que le chantier même s’est révélé être une impressionnante combinaison de logistique, de nouvelles technologies et de travail artisanal à petite échelle.

Chaque bâtiment, de la Maison de la Province d’Anvers (›p. 26) à la rénovation du musée MAD à Liège (›p. 72), est un produit de haute technologie. Mais contrairement à de nombreux autres projets de haute technologie comme les voitures et les ordinateurs, un projet architectural doit obligatoirement être conçu par des humains, et non par des robots. C’est aussi ce qui explique que chaque bâtiment est totalement différent. Et même quand on répète plusieurs fois la même construction, chacune sera différente, parce que chaque chantier est l’occasion d’apprendre des choses qui seront mises en oeuvre dans le chantier suivant. C’est aussi le lieu où tout le monde se retrouve : architecte, maître de l’ouvrage, entrepreneur, mais aussi pompiers, coordinateur sécurité, Vivaqua… C’est là que tous les points se relient, toutes les extrémités se connectent les unes aux autres, le bâtiment devenant la concrétisation physique de la négociation et de la collaboration. Parfois, ces négociations prennent des formes extrêmes, jusqu’à aboutir à des liens de collaboration uniques entre l’architecte et l’entrepreneur. La Kunsthal de Z33 à Hasselt, par Francesca Torzo (›p. 60), en est un exemple saisissant.

Un chantier, c’est aussi une succession de métamorphoses. Un bâtiment prend forme lentement et traverse une série de stades intermédiaires, chacun possédant ses propres qualités en termes d’espace et de forme. C’est ainsi que chaque jour, un bâtiment éphémère unique naît sur le chantier. Nous avons attentivement observé les séquences des webcams qui, quotidiennement, enregistrent l’avancement du nouveau bâtiment BNP Paribas Fortis à Bruxelles. Nous y avons vu un mastodonte se faire lentement grignoter par de petits bulldozers, révélant les entrailles de la capitale avant qu’un nouveau palais émerge à une vitesse surprenante de ce cratère (›p. 54).

C’est dans cet esprit nous avons conçu ce numéro : en tant que témoin. Lorsqu’il sera distribué dans votre boîte aux lettres, les bâtiments qui en font l’objet n’existeront déjà plus, ou du moins plus sous la même forme. Un « arrêt sur image » à savourer.

Cette revue a également connu une intense période de construction ces derniers mois ; comme vous pouvez le constater, nous avons non seulement adapté le format et une partie de la mise en page, mais aussi la formule entière. A partir de 2019, A+ paraîtra ainsi quatre fois par an ; nous nous concentrerons sur des projets, en relation ou non avec un thème central. En parallèle il y aura aussi, deux fois par an, des hors-séries, des éditions spécifiques qui aborderont en profondeur un thème d’actualité. Bienvenue dans ce nouveau numéro !

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