Edito A+273

publié le 17.09.2018 | texte Lisa De Visscher, Anne-Laure Iger

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Considérant l’agenda culturel architectural des derniers mois en Europe, la saison 2017–2018 s’est achevée avec l’ouverture de deux événements d’envergure : la 16e Biennale d’architecture de Venise et la nouvelle édition de l’International Architecture Biennale of Rotterdam (iabr), présentée en deux volets, à Rotterdam et à Bruxelles. Bien que toutes deux désignées par le même substantif, ces manifestations partagent peu de traits communs.

Si l’on en revient à la définition du mot « biennale », elle est élémentaire. Le terme renvoie simplement à une temporalité, à une dimension cyclique ou encore à la notion de série. Pourtant, depuis la fin des années 1970 et la création de la Biennale d’architecture de Venise, le mot s’est progressivement chargé d’un sens lui conférant une attractivité particulière, au point qu’aujourd’hui, la biennale devient une typologie à part entière, une marque de fabrique auréolée d’un certain prestige.

Face, donc, à la démultiplication de ces biennales et à l’engouement qu’elles suscitent, nous souhaitons explorer, dans ce nouveau numéro, ce qui fait le sel de ces événements et comprendre ce qu’une telle terminologie peut induire en termes de méditation de l’architecture.

Inaugurée en mai, Freespace, la thématique proposée par les architectes Yvonne Farrell et Shelley McNamara pour ce nouvel opus de la Biennale de Venise, balaye le champ de la culture architecturale avec beaucoup d’ampleur et sans vraiment se restreindre. Se côtoient alors, sans distinction véritable, partis pris politiques forts, mises en espace esthétisantes ou rétrospectives monographiques. The Missing Link de l’iabr, d’une autre manière, se présente véritablement comme une werkbiënnale. Elle propose une série de réflexions absolument ancrées dans les dynamiques urbaines contemporaines, alimentées en permanence par des activités, talks et autres tours guidés, dans l’optique d’initier des changements sociétaux. Ces deux événements entretiennent donc un rapport contrasté autant avec l’architecture qu’avec le médium de l’exposition et ses possibles retentissements. Dans le premier cas, le visiteur déambule à travers un inventaire architectural contemporain des plus complets, à forte potentialité plastique, où, souvent, il est possible de découvrir des œuvres issues de collaborations uniques (>p.49). Dans le second, sans renier un certain esthétisme, les éléments ne sont pas simplement montrés pour ce qu’ils sont. Ils tendent à modifier le regard, à attirer l’attention, voire à susciter le débat et à entériner le changement (>p.40).

De ce marasme communicationnel, idéologique et structurel, il semble alors absurde de tenter de faire émerger un sens univoque à même de formellement rassembler ces manifestations homonymiques. Nous avons donc décidé de les explorer dans leur complémentarité et de nous saisir de leur capacité à offrir des prismes de compréhension pluriels de l’architecture et de la ville. Loin donc de proposer des lectures antagoniques, nous avons préféré élaborer des incursions à même de révéler les partis pris et méthodes curatoriales adoptés tout en interrogeant la manière dont les praticiens et les commissaires belges tiraient leur épingle du jeu dans ces réunions internationales.

Apparaît alors, évidemment, le dédoublement de l’iabr entre Rotterdam et Bruxelles, qui inscrit notre capitale dans une dynamique de médiation d’envergure et qui valorise les actions urbanistiques et sociales développées sur son territoire. Le succès de architecten de vylder vinck taillieu, dont la participation à Venise, avec le projet Unless Ever People, a été couronnée par un Lion d’argent. Mais aussi, plus discrètement, le travail de bc architecture, présenté dans les deux manifestations, à la Corderie de l’Arsenal et au wtc.

Alors, peut-être n’est-il plus vraiment possible de donner une définition exhaustive des formes que peut revêtir une biennale. D’ailleurs, l’ouverture prochaine de la Brussels Urban Landscape Biennale (bulb) remettra sans doute en perspective nos présents constats. En tout cas, il est irréfutable que de telles expositions participent à la création de filiations et de cycles curatoriaux à même d’enrichir les pratiques contemporaines de l’architecture.

A+273 Freespace
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