L'édito d'A+250

publié le 03.11.2014 | texte Christian Kieckens

Fonçons-nous vers un nouvel embrasement mondial? Tandis que la direction d’une école de Hasselt annule une excursion à Bruxelles par crainte d’attentats, le Moyen-Orient est cruellement aux prises avec les notions de religion et d’Etat. A plusieurs niveaux, nous nous sommes réveillés dans un ‘meilleur des mondes’ où les choses semblent changer de plus en plus rapidement. En Belgique, les normes et les typologies existantes commencent à se fissurer – plus spécifiquement en matière d’architecture et d’urbanisme. Il est urgent de rechercher d’autres approches en termes de savoir et de matière.

Le temps semble venu d’avoir une réflexion approfondie sur les ‘atmosphères sacrales’. En avons-nous besoin? Et dans l’affirmative, comment donner forme, concrètement, à un concept aussi nébuleux? Aujourd’hui,le concept d’espace ‘sacré’ n’est plus directement lié à la religion. Cette approche transparaît notamment dans le texte de Caroline Voet. Elle tente de définir et de situer l’aspect ‘sacré’ de l’architecture à partir de références spécifiques telles que l’abbaye de Cluny, le travail du moine bénédictin Hans van der Laan, jusqu’à l’œuvre de Peter Zumthor.

La lumière zénithale, la promenade avec vue sur le paysage, le temps et l’espace pour le silence et les adieux. Tous ces éléments concourent à créer une nouvelle expérience architectonique qui entend renouer avec le sens premier de ‘recevoir’ et de ‘prendre de la distance’.

 

L‘expérience’ et l’‘architecture des sens’sont de plus en plus au cœur des préoccupations, notamment dans les textes de l’architecte finlandais Juhani Pallasmaa. Par des interventions très étudiées, avec des surfaces de verre coloré, Ann Veronica Janssens a modifié l’ambiance de la chapelle romane Saint-Vincent, créant l’illusion d’une troisième dimension, exprimée en lumière et en couleur. C’est en artisans de la même intention émotionnelle et ponctuelle que Johan Van Den Berghe et Mira Sanders, au travers de leurs cours, retracent le sens du paysage dans L’adoration de l’Agneau mystique des frères Van Eyck et dans les ruines de Villers-la-Ville. Bertrand Terlinden et Victor Brunfaut, eux aussi, repositionnent les mosquées à Bruxelles dans une présence modifiée au cœur de la métropole. Dans ses projets, Tcct retourne au sens qu’il y a à refaire de la chapelle un lieu de silence et de contemplation. Mais aujourd’hui, les églises, synagogues et mosquées ne sont plus les seuls lieux où se déroulent des rituels. Au cours de la décennie écoulée, plusieurs cimetières et crématoriums ont été réalisés dans l’intention d’être plus que purement fonctionnels. Corollaire du changement de statut de l’église romaine catholique au sein de la société, ces lieux ont acquis un autre sens. La lumière zénithale, la promenade avec vue sur le paysage, le temps et l’espace pour le silence et les adieux. Tous ces éléments concourent à créer une nouvelle expérience architectonique qui entend renouer avec le sens premier de ‘recevoir’ et de ‘prendre de la distance’.

Chercher d’autres usages est fréquent en architecture, à de nombreux niveaux. Nous serons prochainement amenés à nous pencher sur de nouvelles structures de bureau et sur la manière dont l’enseignement et la recherche peuvent anticiper une vision du monde modifiée. Ça et là, on trouve aujourd’hui déjà des projets d’étudiants qui renferment des germes en rupture avec les schémas connus. C’est une sorte d’obstination dont nous avons besoin pour générer de nouveaux concepts.

 

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cover © Studio van Son | photo © Toon Grobet

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