« You know, they straightened out the Mississippi River in places, to make room for houses and livable acreage. Occasionally the river floods this places. “Floods” is the word they use, but in fact it is not flooding: it is remembering. Remembering where it used to be. All water has a perfect memory and is forever trying to get back to where it was. » Extraites d’une conférence donnée voici plus de trente ans à New York par l’auteure et lauréate du prix Nobel Toni Morrison, ces quelques phrases sont aujourd’hui plus actuelles que jamais : l’eau coule là où, en fonction de la topographie et du climat, c’est le plus adéquat. Endiguer, drainer, détourner ou redresser… à terme, le cours d’eau naturel finit souvent par reprendre le dessus.
À la 18e Biennale d’architecture de Venise qui a débuté le mois dernier, la commissaire Lesley Lokko présente le « Laboratoire du futur », avec des projets principalement imaginés par des architectes d’origine africaine. Le changement climatique, et par extension notre gestion de l’eau, est l’un des thèmes les plus débattus, où l’architecture, l’urbanisme et l’aménagement du paysage constituent la clé de solutions durables. Plusieurs pavillons nationaux ont abordé la gestion de l’eau, notamment les Pays-Bas avec Plumbing the System et le Danemark avec Coastal Imaginaries, tandis que la Finlande et l’Allemagne ont installé des toilettes sèches en guise de message politique. Si c’est un euphémisme de déclarer que l’eau est omniprésente à Venise, les graves inondations dans le nord de l’Italie au mois de mai et l’incontournable présence du MOSE, le système anti-inondations jaune vif destiné à protéger la Cité des Doges de l’eau de mer, nous rappellent une fois de plus les urgences actuelles.