Ilke Kerkhofs a terminé ses études en 2022 à l’Université d’Anvers en présentant un mémoire consacré à l’habitat abordable. Elle a étudié les effets visibles et invisibles de la crise du logement, en concentrant principalement sa recherche sur la ville d’Anvers. Son travail est un document incroyablement beau et poignant, avec des dessins et des textes qui, au-delà d’esquisser d’une manière douloureusement réaliste la situation de vie concrète d’une personne, analyse également la théorie et la politique actuelles en matière d’habitat abordable et expose les perspectives d’avenir en matière de durabilité.
Ilke Kerkhofs est partie des conditions difficiles dans lesquelles Warda, une jeune femme isolée ayant fui la Somalie en 2016, habite dans un appartement d’une pièce dans le quartier du Seefhoek à Anvers. Warda perçoit un revenu d’intégration du CPAS. Depuis plus de quatre ans, elle est sur une liste d’attente pour obtenir un logement social. C’est contrainte et forcée que Warda s’est retrouvée dans la frange inférieure du marché locatif privé, avec ses marchands de sommeil et ses propriétaires qui effectuent uniquement les travaux les plus urgents pour éviter que leur bien ne soit déclaré insalubre. L’appartement de Warda est en permanence froid, humide, délabré et malsain ; la porte d’entrée ne ferme plus tandis que les fenêtres ne s’ouvrent plus, le carrelage se détache, les murs sont constellés de taches d’humidité et de moisissure, il n’y a pas d’éclairage de secours et, en cas d’incendie, un trou dans le plafond sert d’issue de secours.