Publié le 19.06.2024 | Texte: Eline Dehullu - Responsable des publications | Photos: Filip Dujardin

Ono architectuur a entièrement rénové un poste de police terne et banal situé le long d’une chaussée très fréquentée d’Anvers. Un cabinet d’avocats s’y est installé depuis l’été 2023. Le nouveau bâtiment accueille à bras ouverts la vie publique de la ville. Dès les premiers coups de crayon, les architectes ont travaillé en étroite collaboration avec l’artiste plasticien Philip Aguirre y Otegui, l’architecte paysager Ludovic Devriendt et le bureau d’architectes d’intérieur londonien Universal Design Studio (UDS) qui, ensemble, ont introduit de la couleur, de la vie, de la texture et de la tactilité dans ce qui n’était qu’un immeuble de bureau à l’agencement austère.

Tout cela s’est passé en plein Covid. En 2020, le cabinet d’avocats Schoups, qui compte environ quatre-vingts collaborateurs, a lancé un concours fermé pour la rénovation d’un immeuble banal et sinistre le long de la bruyante Mechelsesteenweg à Anvers. Le bâtiment des années 1960 a longtemps abrité des services de recherche. La société M127, entraînée par sa locomotive Marco Schoups, veut transformer ce bâtiment sombre et fermé en un lieu ouvert au quartier, où son personnel aimera revenir travailler après la pandémie.

Ono architectuur, un jeune bureau créé à Anvers en 2007 par Gert Somers et Jonas Lindekens, remporte le concours. Leur projet mise totalement sur la conservation des beaux volumes et de la structure en béton de la construction existante. Ils conçoivent un bureau chaleureux et convivial, avec un jardin, une brasserie et une bibliothèque accessibles non seulement au personnel de l’entreprise, mais aussi pendant les heures de bureau par tout qui souhaite faire une pause.

Espace ouvert

La totalité de la façade a été mise à nu, et, au rez-de-chaussée, les architectes ont imaginé un décrochement de la façade côté rue pour y créer une galerie extérieure couverte directement reliée au trottoir. À l’instar de ce qu’on peut voir à Paris, Milan et Bologne, la loggia est séparée par une colonnade et fait office de terrasse pour le grand café du rez-de-chaussée. C’est un endroit idéal pour se détendre à l’abri du vent et de la pluie, ou des ardents rayons du soleil. À l’intérieur aussi, l’espace n’est qu’air et lumière. En pratiquant une grande découpe entre les étages (en clin d’œil à Gordon Matta-Clark), l’équipe de conception a créé un espace de deux étages de haut : un vide entouré d’une coursive au premier étage où se trouve le réfectoire du cabinet d’avocats, en connexion directe avec le café public.

Cette découpe est répétée dans le foyer situé juste derrière – qui est en réalité le hall d’accueil du cabinet d’avocats. Ici aussi, on trouve un espace rectangulaire d’une hauteur de deux étages avec, en bas, un salon collectif sur lequel donnent différentes salles de réunion, et, à l’étage, une coursive avec une bibliothèque pleine de publications juridiques et d’espaces d’étude silencieux. Dans ce foyer festif trône un piano à queue de l’académie de musique voisine du cabinet d’avocats, tandis que dans la bibliothèque est accroché un petit panneau mentionnant les trois règles à respecter (ordre, propreté et silence). « En effet, ce lieu est le plus possible ouvert à la population locale, expliquent Gert Somers et Sara Verleye d’Ono. L’académie de musique utilise le foyer pour ses concerts de Noël ou en cours d’année. Le public peut également s’installer à l’étage, le long de la large balustrade de la coursive, pour avoir une vue imprenable sur les pianistes. Et pendant la période de blocus, la bibliothèque est un endroit très apprécié pour son silence par des étudiants de toutes sections. »

En dehors des schémas

L’hospitalité bienveillante de cet espace capitonné est particulière. Les rideaux aux couleurs vives ont été conçus par Philip Aguirre y Otegui. Au-delà d’offrir une excellente acoustique, ils contribuent au caractère confidentiel et privé souhaité lors des discussions avec les clients du cabinet d’avocats. « Plutôt que de faire des ajouts a posteriori à l’architecture, Philip souhaitait créer des éléments qui en fassent partie intégrante. Par exemple, les colonnes de la loggia côté rue et les rideaux du foyer, qui sont absolument indispensables respectivement pour la stabilité de l’édifice et pour le programme des lieux », poursuivent Gert Somers et Sara Verleye. Philip Aguirre y Otegui a peint de petits tableaux aux motifs géométriques de couleurs vives, qu’il a ensuite emmenés avec lui au Sénégal pour les confier à ses amis artisans afin qu’ils les transposent en rideaux confectionnés dans le coton le plus simple qu’on trouve là-bas. Le résultat est simplement époustouflant.

L’architecte paysagiste Ludovic Devriendt faisait lui aussi partie de l’équipe de conception. Pour créer un jardin de quartier calme et agréable, à l’écart du tumulte de la ville, les concepteurs ont fait démolir les remises qui jouxtaient la façade nord de l’église de l’Esprit-Saint voisine pour les remplacer par des parterres de plantations en pleine terre. Une succession de pergolas couvertes de glycines bleues et blanches divise la zone allongée de façon rythmée en différents salons de jardin. Dès qu’on se trouve au cœur de la zone intérieure de l’îlot, on a le sentiment d’être dans un jardin secret de Venise, avec une pièce d’eau, un claustra, des parterres de fleurs à différentes hauteurs, et un grand tilleul central pour apporter de la fraîcheur et le parfum de ses fleurs. « Ludo aime l’Italie. Et nous pensons savoir pourquoi : en architecture, on part du ressenti d’un lieu. »

Pour introduire de la stratification, de l’imbrication, de la connexion et de l’ouverture ainsi que de la texture et de la tactilité dans un cabinet d’avocats à l’organisation par ailleurs rigoureuse, Ono a pu s’enrichir du regard de concepteurs ne provenant pas uniquement du domaine strict de l’architecture. Philip Aguirre y Otegui et Ludovic Devriendt ont incité Ono à « colorier en dépassant de leurs propres lignes ». « Cette collaboration nous a amenés à porter un regard différent sur notre propre discipline, confessent Gert Somers et Sara Verleye. Elle nous a poussés à sortir de nos schémas habituels, a initié des narratifs différents et a abouti à des solutions auxquelles nous ne serions autrement pas parvenus. »

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