C’est l’un des stigmates les plus emblématiques de la bruxellisation : le Parking 58, un bloc terne et monolithique de neuf étages, que remplace l’immeuble Brucity. Lui-même permettra la transformation d’un autre bâtiment tout aussi emblématique, la célèbre et sombre tour du « Centre Monnaie » qui abritait jusqu’ici l’administration communale. Et pourtant, la construction du Brucity laisse une terrible impression d’histoire qui se répète.
Pas tout à fait en réalité. Le Centre Monnaie avait eu l’élégance de percher les bureaux de la Ville au-dessus d’un socle commercial, dont le pourtour de vitrines anime toujours la vie commerciale autour de la place De Brouckère. Rien de cela pour Brucity, dont la façade, vitrée jusqu’à l’absurde, donne uniquement sur des espaces de guichets, aux heures d’ouverture limitées, ou sur des locaux techniques, des couloirs d’accès aux sanitaires, les rampes de parking ou encore le local de surveillance. Pour l’animation de l’espace urbain, on repassera. Mais la transparence fait ici office de slogan : « un bâtiment vitré pour une administration transparente et moderne », des mots identiques au discours légitimant le mur rideau du Centre Monnaie, utilisés avec la même ingéniosité avec près de cinquante années d’écart. Cent soixante mètres de vitrages qui par ailleurs privatisent l’ancien passage, certes glauque, mais public, qui traversait le Parking 58 pour garantir la continuité urbaine de la rue Grétry, entre le très couru quartier Sainte-Catherine et les touristiques rue des Bouchers et galerie de la Reine. Certes, la ville garantit le passage en journée, mais il faut néanmoins traverser le bâtiment, chose difficilement imaginable pour des cyclistes, des trottinettes, des grands groupes ou des gens pressés.