Dérivations. Pour le débat urbain

publié le 16.11.2015 | texte Jan Schreurs
© NNstudio / Frédéric Séré

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La bataille de la ville n’est pas encore gagnée. En Belgique, il n’est pas encore question d’un revirement structurel, d’une situation où une urbanisation renforçant le centre serait systématiquement plus importante qu’une suburbanisation dévoreuse d’espace et de moyens. Loin de là. C’est avec inquiétude que des citadins purs et durs voient bon nombre de leurs concitoyens fuir la ville. Liège a perdu 500 habitants en 2014, une tendance qui présente une courbe ascendante et peut être vue comme l’indicateur d’une politique urbaine bredouillante, à court terme et défaillante. Une politique urbaine digne de ce nom part en effet de la question ‘quelle direction veut prendre la ville’ et non de considérations fiscales et financières. Cette situation a mené des Liégeois vigilants à éditer une nouvelle revue : ‘Dérivations’. Le sous-titre est sans équivoque : ‘Pour le débat urbain’.

© NNstudio / Frédéric Séré

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L’enjeu du débat est vaste : de plus en plus d’asphalte sans caractère, trop de voitures et de places de stationnement, des bus malodorants plutôt que des trams, des parcs trop mal entretenus, etc. Le carburant du débat est diversifié mais spécifique : descriptions et critiques de lieux et plans liégeois, projets étrangers exemplaires, contributions thématiques consacrées à la culture, au patrimoine, à la mobilité, au tissu et spectacle urbains, ainsi qu’une recension du classique de Françoise Choay, ‘L’urbanisme, utopies et réalités’, le tout au service de ‘l’affaire’ de la Place Cockerill. La menace de voir se réaliser un énorme parking à cinq niveaux souterrains mobilise une attention prononcée pour la qualité de vie et affirme une préoccupation passionnée pour le vécu quotidien d’infrastructures de mobilité comme les passages, quais, ponts, tunnels…

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© NNstudio / Frédéric Séré

 

Cette nouvelle revue, qui doit susciter le débat, est qualifiée d’‘objet hyper-rationnel’ par ses éditeurs. C’est un sympathique ‘presque livre’, doté d’une couverture souple et sage, aux illustrations monochromes efficaces, mais englobant un généreux cahier en couleurs qui confronte le lecteur aux faits et évoque des opportunités à l’aide de bandes dessinées et de photographies d’art urbain. ‘Dérivations’ se prête admirablement à rebattre les oreilles du lecteur en douceur, en lui rappelant le danger qu’il y a à faire dériver de son cours une ville entière par des déviations de la circulation, hautement technologiques et mal pensées. 

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© NNstudio / Frédéric Séré

 

Cette vocation ne sera pas éphémère, promettent les éditeurs : le numéro 2 dévoilera les relations entre Liège et son université ; le troisième cherchera des appuis pour une ‘politique urbaine’ effective en amenant l’échelle du débat à un niveau régional, en explorant des alliances possibles entre Liège et Charleroi.

 

Dérivations. Pour le débat urbain

François Schreuer, Pierre Geurts (red.)
urbAgora, Liège, 2015
isbn 978-2-930878-00-3

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