Musée Royal de Mariemont

Ekla
publié le 15.02.2011 non résidentiel
© Michel Lechien
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Les décisions prises à  la fin des années 1960 avaient permis d’oser un chantier inédit, mettant en œuvre des idées architecturales pointues en parallèle au béton et au verre. L’innovation avait été privilégiée avec le concours de l’architecte Roger Bastin. Les phases de rénovation récentes sont quant à  elles rythmées par les nouvelles normes, acquisitions et ambitions du musée. Celui-ci présente d’ailleurs une sorte d’historique d’une muséographie qui a gardé la vitrine pour tradition, où les salles témoignent chacune de leur époque. Des salles auxquelles Ekla a commencé à  donner un nouveau souffle, à  la suite d’un concours remporté en 2007.
Ces architectes et designers ont cherché à  mieux exploiter les potentialités ignorées. Leur premier geste est de faire de la galerie un espace servant la didactique de la nouvelle scénographie et des salles desservies par celle-ci, où le visiteur est invité à  un processus de découverte moins prédéfini. Ce parti pris, ils le fondent sur une évaluation architecturale de l’aménagement préexistant. Ainsi, alors que les parcours possibles sont variés et peu hiérarchisés, la présentation des collections se veut linéaire et privilégie la logique des pièces en enfilade. La scénographie incorpore à  l’espace des couleurs chaudes, un éclairage puissant et des bornes d’information, alors que la mise en œuvre brute de matériaux d’origine minérale indique une recherche sur l’espace visant l’essentiel. Des parois intermédiaires divisent de plus les salles et les vitrines s’alignent contre les murs.
La nouvelle subdivision permet d’éviter de butter contre ces écueils. Elle tend également à  illustrer une réflexion sociologique sur les musées et sur leur visite, à  nouveau à  partir de l’interprétation de l’architecture en place. L’affranchissement du système de pièces en enfilade, par exemple, était déjà  inscrit dans le lieu: escalier central, accès aux quatre coins de l’espace, salles fonctionnant en vase clos et surplombées par des balcons. Dans un second niveau de lecture, on remarque que le plan de l’étage est en croix, que les déplacements se font de manière centrifuge vers les quatre points cardinaux et que les salles sont ouvertes en direction du zénith. La symbolique naissant de ce dispositif ne s’arrête pas à  l’organisation spatiale: chaque salle constitue un espace de prédilection pour une réflexion intériorisée, semblable à  une chapelle. Avec l’idée d’entrer en résonance avec cette symbolique et de poursuivre la révision amorcée par Bastin des us et coutumes, les concepteurs ont repensé la découverte des collections en deux étapes et l’ont individualisée: aiguiser son regard avant de prendre sa visite en mains. De nouveaux outils de mise en scène ont dès lors été produits. Dans les salles d’exposition, des citations à  vocation suggestive ont été apposées aux murs tandis que les vitrines redessinées sont libérées de ces derniers. La lecture se fait dorénavant sur leur pourtour tout entier. Les supports en tôle pliée dénotent aussi l’affranchissement de modes de présentation plus classiques, comme la tablette ou le socle plein. Avec des spots à  la place d’une grille de lumière, les ombres sont plus marquées et un jeu de réflexion sur les vitres fait se côtoyer images et réalités. Par ce dispositif, chaque objet devient à  la fois magnifié dans son unicité et relativisé dans un ensemble.
La visite de la galerie et des deux salles déjà  réaménagées permet d’affirmer que la rénovation qui a été planifiée par phases génèrera une meilleure cohérence d’ensemble à  moyen terme. Le caractère de ces salles volontiers comparées à  des vaisseaux avec des trésors pour cargaison s’en voit plus appuyé. Entre les espaces de Roger Bastin et le fruit de leur interprétation par Ekla, on perçoit finalement une convergence vers la création d’un lieu plus complexe: plus riche en significations ou en stimulations de l’esprit par l’espace et qui a su tirer parti de l’évolution culturelle de ces dernières années. Son intérêt réside certainement dans son adéquation avec les attentes de notre époque. D’un autre point de vue, l’atmosphère des salles se dramatise et cela renforce le caractère précieux de ces traces du passé. On ne peut s’empêcher de se demander s’il s’agit aujourd’hui de rendre plus attractif, en misant sur les exclusivités qu’il a à  offrir, un moyen d’accès à  la culture qui perd du terrain. Il est par ailleurs clair que cette scénographie, exigeant plus qu’avant l’implication active du visiteur, abandonne le modèle d’éducation des foules. Un dernier détail confirme la tendance: aux panneaux explicatifs et aux bancs sont substitués des feuilles informatives et des tabourets à  transporter.

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Ekla
Mariemont | 2011
A+228
pages 102-103

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