25 logements sociaux Ferme de la Wamme

Géraud et Philippe Lecocq
publié le 17.09.2012 | texte Sophie Dawance logement collectif
© Véronique Vercheval
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Concevoir le logement public, c’est fournir un abri à des ménages fragiles sur le plan socio-économique, mais c’est aussi prendre position dans un paysage, orienter les modes de déplacement ou de consommation ou encore influer sur les formes de sociabilité. En proposant ainsi un ancrage dans la société, les pouvoirs publics et les architectes qu’ils mandatent posent un acte éminemment politique; ils ont la responsabilité de promouvoir des modes d’habiter rencontrant les exigences, notamment en termes d’environnement et de cohésion sociale, qui émergent du contexte dans lequel ils interviennent.

La Société Wallonne du Logement (SWL) a choisi de consacrer le premier volume de sa nouvelle collection ‘Logement public’ au milieu rural. L’obligation, encore assez récente, pour toute commune wallonne, d’accueillir au moins 10% de logement public inscrit cette réflexion dans l’actualité. Quels sont dès lors les enjeux spécifiques du logement public en milieu rural et comment l’architecte y répond-il?

Sans doute faut-il d’abord s’interroger sur la notion de ruralité en Wallonie où l’urbanisation est presque continue. Comme l’aborde le démographe Thierry Eggerickx dans l’ouvrage, il semble judicieux de considérer la ruralité wallonne comme un monde pluriel. Des zones frontalières du Grand-duché du Luxembourg ou de l’Allemagne au cœur de la forêt ardennaise, en passant par les extensions périurbaines récentes du Brabant wallon ou les villages semi-industriels du sillon Sambre et Meuse, les réalités diffèrent et se traduisent dans des exigences et des demandes contrastées en matière de logement public. Si une attention toute particulière doit donc être portée aux spécificités du contexte, certaines prises de position semblent néanmoins répondre aux questions soulevées par le logement social en milieu rural, de manière plus générale.

La taille relative des ensembles est un facteur particulièrement sensible: l’arrivée massive et simultanée de nouveaux habitants dans un village risque en effet de générer une fracture avec la communauté préexistante. Le risque est d’autant plus grand que la surface nécessaire à la création d’un grand nombre de logements impose souvent une localisation en dehors du noyau villageois, ce qui peut créer une forme de ghettoïsation mais aussi générer un éloignement des services de base. Or, l’accès aisé aux commerces et équipements est sans doute la première caractéristique d’un logement rencontrant à la fois l’intérêt collectif et celui de la bourse des ménages qui y vivent. La maitrise des coûts d’usage des logements est d’autant plus précieuse que l’on s’adresse à une population précarisée. Plusieurs petites opérations dans le continuum de l’existant semblent donc favoriser une meilleure intégration, tant au niveau urbanistique que social.

La question de l’intégration est en effet centrale, surtout en milieu rural où les nouvelles formes d’habitat doivent souvent s’ancrer dans un bâti plus traditionnel, témoin lui-même d’une organisation sociale et d’une symbiose avec le paysage. Ainsi, outre l’implantation judicieuse au cœur du village, une inscription fine dans le relief et la connivence avec les typologies locales sont de nature à favoriser l’intégration paysagère et, par extension, l’intégration sociale. Il s’agit bien sûr par là de privilégier un dialogue formel avec le bâti villageois – le jeu de volumes ou l’expression des façades répondant ou interpellant le bâti existant – mais il s’agit peut-être plus encore de traiter avec soin l’interface entre les logements et le village ou encore de réinterpréter certaines caractéristiques qui fondent l’identité-même du mode de vie rural comme, par exemple, le lien direct au sol. Dans cette optique, l’intégration questionne davantage les usages et l’appropriation d’un territoire que l’approche purement formelle. Diverses réalisations montrent que des écritures contemporaines, sans recours au mimétisme local, réussissent à conjuguer les vertus d’une intégration comprise ainsi.

Comme les lieux de rencontre avec le village, les espaces collectifs au sein des ensembles de logement eux-mêmes requièrent une attention toute particulière. Générateurs de rencontres et de vie sociale, ces lieux sont en effet aussi potentiellement vecteurs de conflits. La conception d’espaces partagés de qualité doit dès lors considérer le besoin d’identités singulières au sein d’un dispositif collectif et intégrer le besoin d’intimité des habitants. Seul un subtil équilibre entre vie sociale et privée peut soutenir des relations harmonieuses et solidaires.

Lorsqu’il se met au service des populations les plus fragiles sur le plan socio-économique et du lieu dans lequel il s’implante, le logement peut ainsi devenir un véritable outil d’émancipation sociale. Mais comment aller plus loin dans ce sens? Alors qu’ils s’apparentent souvent aujourd’hui aux pratiques de la promotion privée, les modes de production du logement public pourraient être revisités pour relever les défis actuels de la gouvernance publique. Comment impliquer l’habitant dans la conception, éventuellement la réalisation mais surtout la gestion de son logement? Comment favoriser son appropriation? Le processus de production et de gestion des logements lui-même peut en effet participer à un projet de société.

On

Au cœur du village de On (Marche-en-Famenne), une imposante ferme en carré a été convertie en logements sociaux. Le bâtiment de calcaire a été presqu’intégralement conservé, de la maçonnerie aux charpentes et planchers. Seules quelques baies ont été percées pour les besoins de la nouvelle fonction. Leur traitement architectural permet néanmoins de les identifier sans ambiguïté.
De prime abord, rien ne laisse deviner la densité d’occupation de la ferme. La puissante intégrité du volume et l’habileté de sa réaffectation semblent assimiler naturellement les 25 ménages qui y cohabitent.
L’ensemble des logements s’organise autour de la cour centrale de la ferme, inscrite dans le prolongement d’une place villageoise. Chaque logement dispose d’une entrée s’ouvrant sur la cour, soit directement, soit par l’intermédiaire d’un hall couvert aménagé dans les anciennes entrées de grange. Ces espaces de distribution dans lesquels on peut mesurer toute l’ampleur du volume, constituent des zones de transition entre la cour collective et les logements. Les habitants ont d’ailleurs investi ces lieux plus intimes comme un prolongement de leur habitation. A plus petite échelle, les paliers jouent également ce rôle pour les logements qu’ils desservent. L’intimité des habitants est aussi préservée par la disposition et la configuration des logements eux-mêmes: les pièces de vie de ceux qui bordent directement la cour centrale sont au premier étage, tandis que les habitations situées à  l’arrière s’ouvrent de plain-pied sur un jardin privé. L’ensemble comprend aussi un potager collectif et un espace barbecue public.
La qualité de la réaffectation naît ainsi de la richesse et de la variété des espaces – de l’intimité des paliers ou des jardinets privés aux zones de rencontre avec le village en passant par l’espace fédérateur de la cour de ferme – qui permettent des interactions nombreuses et diversifiées entre les habitants.

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Géraud et Philippe Lecocq
On (Marche-en-Famenne) | 2012
A+237
pages 46-47

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