15 logements sociaux

Atelier d'Architecture La Pierre d'Angle
publié le 17.09.2012 | texte Sophie Dawance logement collectif
© Véronique Vercheval
© Véronique Vercheval

Concevoir le logement public, c’est fournir un abri à des ménages fragiles sur le plan socio-économique, mais c’est aussi prendre position dans un paysage, orienter les modes de déplacement ou de consommation ou encore influer sur les formes de sociabilité. En proposant ainsi un ancrage dans la société, les pouvoirs publics et les architectes qu’ils mandatent posent un acte éminemment politique; ils ont la responsabilité de promouvoir des modes d’habiter rencontrant les exigences, notamment en termes d’environnement et de cohésion sociale, qui émergent du contexte dans lequel ils interviennent.

La Société Wallonne du Logement (SWL) a choisi de consacrer le premier volume de sa nouvelle collection ‘Logement public’ au milieu rural. L’obligation, encore assez récente, pour toute commune wallonne, d’accueillir au moins 10% de logement public inscrit cette réflexion dans l’actualité. Quels sont dès lors les enjeux spécifiques du logement public en milieu rural et comment l’architecte y répond-il?

Sans doute faut-il d’abord s’interroger sur la notion de ruralité en Wallonie où l’urbanisation est presque continue. Comme l’aborde le démographe Thierry Eggerickx dans l’ouvrage, il semble judicieux de considérer la ruralité wallonne comme un monde pluriel. Des zones frontalières du Grand-duché du Luxembourg ou de l’Allemagne au cœur de la forêt ardennaise, en passant par les extensions périurbaines récentes du Brabant wallon ou les villages semi-industriels du sillon Sambre et Meuse, les réalités diffèrent et se traduisent dans des exigences et des demandes contrastées en matière de logement public. Si une attention toute particulière doit donc être portée aux spécificités du contexte, certaines prises de position semblent néanmoins répondre aux questions soulevées par le logement social en milieu rural, de manière plus générale.

La taille relative des ensembles est un facteur particulièrement sensible: l’arrivée massive et simultanée de nouveaux habitants dans un village risque en effet de générer une fracture avec la communauté préexistante. Le risque est d’autant plus grand que la surface nécessaire à la création d’un grand nombre de logements impose souvent une localisation en dehors du noyau villageois, ce qui peut créer une forme de ghettoïsation mais aussi générer un éloignement des services de base. Or, l’accès aisé aux commerces et équipements est sans doute la première caractéristique d’un logement rencontrant à la fois l’intérêt collectif et celui de la bourse des ménages qui y vivent. La maitrise des coûts d’usage des logements est d’autant plus précieuse que l’on s’adresse à une population précarisée. Plusieurs petites opérations dans le continuum de l’existant semblent donc favoriser une meilleure intégration, tant au niveau urbanistique que social.

La question de l’intégration est en effet centrale, surtout en milieu rural où les nouvelles formes d’habitat doivent souvent s’ancrer dans un bâti plus traditionnel, témoin lui-même d’une organisation sociale et d’une symbiose avec le paysage. Ainsi, outre l’implantation judicieuse au cœur du village, une inscription fine dans le relief et la connivence avec les typologies locales sont de nature à favoriser l’intégration paysagère et, par extension, l’intégration sociale. Il s’agit bien sûr par là de privilégier un dialogue formel avec le bâti villageois – le jeu de volumes ou l’expression des façades répondant ou interpellant le bâti existant – mais il s’agit peut-être plus encore de traiter avec soin l’interface entre les logements et le village ou encore de réinterpréter certaines caractéristiques qui fondent l’identité-même du mode de vie rural comme, par exemple, le lien direct au sol. Dans cette optique, l’intégration questionne davantage les usages et l’appropriation d’un territoire que l’approche purement formelle. Diverses réalisations montrent que des écritures contemporaines, sans recours au mimétisme local, réussissent à conjuguer les vertus d’une intégration comprise ainsi.

Comme les lieux de rencontre avec le village, les espaces collectifs au sein des ensembles de logement eux-mêmes requièrent une attention toute particulière. Générateurs de rencontres et de vie sociale, ces lieux sont en effet aussi potentiellement vecteurs de conflits. La conception d’espaces partagés de qualité doit dès lors considérer le besoin d’identités singulières au sein d’un dispositif collectif et intégrer le besoin d’intimité des habitants. Seul un subtil équilibre entre vie sociale et privée peut soutenir des relations harmonieuses et solidaires.

Lorsqu’il se met au service des populations les plus fragiles sur le plan socio-économique et du lieu dans lequel il s’implante, le logement peut ainsi devenir un véritable outil d’émancipation sociale. Mais comment aller plus loin dans ce sens? Alors qu’ils s’apparentent souvent aujourd’hui aux pratiques de la promotion privée, les modes de production du logement public pourraient être revisités pour relever les défis actuels de la gouvernance publique. Comment impliquer l’habitant dans la conception, éventuellement la réalisation mais surtout la gestion de son logement? Comment favoriser son appropriation? Le processus de production et de gestion des logements lui-même peut en effet participer à un projet de société.

Pontaury

L’ensemble de logements s’inscrit dans le prolongement d’un lotissement existant, à deux pas du centre du village de Pontaury (Mettet). Le projet émane d’un concours transfrontalier qui visait la création de prototypes de logements économiques en suscitant des échanges entre professionnels de Lorraine française et de Wallonie. Les sociétés locales étaient ensuite invitées à proposer au lauréat dont le projet correspondait le plus à leurs exigences et souhaits, un terrain pour construire leur projet. C’est ainsi qu’a vu le jour, à Pontaury, un ensemble de quatre bâtiments abritant quinze logements de divers types, prochainement complété par un immeuble de six appartements.
Chaque logement dispose d’une entrée indépendante donnant sur l’extérieur, ce qui permet de diminuer les coûts de fonctionnement et réduit les problèmes d’entretien inhérents aux espaces communs. Cette disposition permet en outre aux habitants de se sentir dans une ‘vraie’ maison, ce qui est particulièrement précieux en milieu rural où la culture du logement collectif vertical n’a pas d’ancrage.
Les logements sont séparés par des patios traversants qui mettent en lien visuel et physique la rue avec les jardins et la frange boisée en arrière-plan. Ces espaces sont appropriés diversement par les habitants: ils y parquent leur voiture, y pendent du linge, y installent une table ou simplement y entreposent divers objets. Ces ‘creux’ permettent à la vie de s’installer sans envahir les jardins à rue et risquer de nuire à la cohérence et à l’image de l’ensemble. Ces patios invitent en outre le soleil à entrer dans le logement tout au long de la journée.
La volonté d’offrir des lieux ‘à vivre’ entoure la conception des logements eux-mêmes. Ils s’inscrivent dans un plan de base carré, offrant les avantages de la compacité et de la modularité. Ce module est divisé en deux travées dissymétriques: l’une large et très ouverte vers l’extérieur accueille les pièces de vie et de repos, tandis que l’autre, plus étroite, abrite les locaux de service. Des vues diagonales ménagées entre ces travées permettent d’agrandir visuellement l’espace. Fonctionnels, économiques à l’usage et lumineux, ces habitations témoignent donc aussi du souci d’offrir un logement de grande qualité spatiale.

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Atelier d'Architecture La Pierre d'Angle
Pontaury (Mettet) | 2012
A+237
pages 48-49

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