Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa

publié le 11.02.2014 | texte Audrey Contesse

Un bâtiment industriel est avant tout un lieu de travail.

 

Si Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa se sont associés en 1995 pour fonder SANAA, en parallèle à leurs pratiques respectives, c’était pour répondre à des concours internationaux. En 2013, le dernier bâtiment de la longue liste à sortir de terre hors du Japon est le hall de production situé sur le Vitra Campus en Allemagne. Rencontre intimiste sur place pour évoquer le projet et leur pratique.

Pour eux, la plus grande pression de cette commande était de s’inscrire parmi les ‘stararchitectes’ qui, depuis 1981, façonnent le Vitra Campus. “Le bâtiment le plus étonnant est celui de Frank O. Gehry. Une sculpture particulière dont on peut apprécier l’effet spatial de l’extérieur et de l’intérieur” confie Nishizawa. Une pression qui ne les a pas empêché de sortir de la trame du campus et de réaliser un seul bâtiment de 20 000 mètres carrés plutôt que les quatre pressentis. Un bâtiment dont la forme quasi circulaire est définie par les rayons de giration des camions de manière à égrainer les zones de livraisons et d’expéditions en périphérie du volume, alors qu’au centre se dégagent les espaces de montage. Comme à Kanazawa, cette forme permet de glisser le long du bâtiment plutôt que de s’y heurter. Une sorte de ligne continue qui guide à l’infini et attise la découverte du site. Une manière également d’atténuer l’impact de ce bâtiment de 160 mètres de diamètre et de 11,4 mètres de haut non pas par rapport aux autres prouesses architecturales du campus, mais vis-à-vis des logements pavillonnaires germaniques du voisinage direct. L’ondulation irrégulière de la façade rideau ainsi que sa mise en œuvre renforcent l’atténuation. Trois panneaux (1,8 x 11 mètres) aux ondulations différentes sont utilisés dans les deux sens pour porter à 6 le nombre de types de panneaux qui recouvrent la façade. Réalisés en verre acrylique, ils se composent d’une couche extérieure transparente et incolore et d’une couche incolore intérieure opaque blanche. Les panneaux sont coulés à plat, puis chauffés à 60°C dans un four spécialement réalisé à leurs dimensions, avant d’être déformés sous vide pour obtenir l’ondulation.
“Un bâtiment industriel est avant tout un lieu de travail. Il doit donc être humain. D’où notre attention à créer un lieu avec de la lumière naturelle, aéré et ordonné” souligne Nishizawa. La façade est percée précisément et modérément par de larges baies rectangulaires. L’éclairage zénithal s’opère par de fines lacérations lumineuses dans la toiture. La mise au point de cette toiture était un des éléments majeurs pour obtenir la qualité de l’atmosphère intérieure. “Nous avons réalisé des mock-up au Japon puis les avons transportés ici, sur le site, pour vérifier la lumière. En parallèle, nous avons également visité différentes usines dans la région pour vérifier les possibilités et pour définir précisément le plafond et la lumière”, explique Sejima. A l’intérieur, on reconnaît tous les équipements et les matériaux standards et typiques des hangars – de l’étagère au sprinkler –, sauf que tout est blanc : même dans un bâtiment industriel, SANAA parvient à nouveau à nous plonger dans l’atmosphère des photos de Walter Niedermayr (> A+203).
“Les projets internationaux nous ont permis de réaliser des bâtiments à une tout autre échelle, d’agrandir notre équipe et de multiplier nos collaborations. Notre façon de travailler a tout à fait changé. Notre approche aussi. Par exemple sur le climat, qui a une grande influence sur l’architecture. Il est tellement différent entre l’Europe du nord et le sud de l’Asie, que nos recherches de confort et nos réflexions sur l’environnement s’enrichissent. Les projets internationaux sont aussi l’occasion de rencontrer des maîtres de l’ouvrage intéressants qui nous font également progresser dans notre pratique” indique Sejima. A la question “Comment travaillez-vous ensemble ?” Nishizawa répond : “Nous avons beaucoup de discussions… Quand nous étions plus jeunes, nous nous sommes tellement querellés que maintenant, en devenant vieux, nous donnons raison à l’autre plus rapidement… C’est étrange comme après tant d’années de collaboration, nous continuons à avoir des opinions différentes et que je continue à être étonné par Sejima… Elle m’a tout appris. Après les études, on choisit de travailler dans un bureau spécifique pour apprendre l’architecture. J’ai choisi celui de Sejima et je n’ai jamais travaillé dans un autre bureau, ce qui signifie que je ne connais que cette façon de faire l’architecture.” “L’architecture est quelque chose de tridimensionnel, ajoute Sejima. C’est pour ma part chez Toyo Ito que j’ai appris la façon de passer du dessin à l’édification d’un bâtiment”.

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