Edito A+270

publié le 19.02.2018 | texte Lisa De Visscher

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« Un monument meurt lorsqu’il cesse de changer », déclare le maître-architecte flamand Leo Van Broeck. « Ce n’est pas vrai ! », répond le professeur Luc Verpoest, « changer n’est pas une nécessité et pour certains monuments c’est même indésirable ». La réaffectation du patrimoine est une question épineuse où la valeur patrimoniale – parfois difficile à définir – doit être mise en balance avec de nombreux facteurs contradictoires comme l’importance sociétale, les exigences en matière de programme et d’énergie, la réglementation et le budget.

L’année passée, après des années de discussions et de nombreux plans refusés, le sanatorium de Victor Brunfaut à Tombeek a été réaffecté en maison de retraite et de soins. C’est un bon exemple de projet particulièrement complexe pour lequel il est indispensable que les différentes parties concernées se retrouvent aussitôt que possible autour d’une table. Avec un régisseur de projet qui puisse élaborer un plan master, recoupant les administrations et les intérêts de toutes les parties prenantes, et qui fasse une synthèse des exigences et attentes diverses sans porter préjudice à l’intérêt commun : la conservation de la valeur patrimoniale du monument et donc la qualité architecturale de la réaffectation finale.

Bien que la réaffectation du patrimoine puisse échauffer les esprits, elle ne concerne en définitive qu’une fraction de toute la question : seul 0,5 % du patrimoine belge est protégé. La demande de réaffectation touche une part bien plus importante de notre espace bâti. Il s’agit souvent de bâtiments qui confèrent une identité forte à leur environnement. Celle-ci n’est pas toujours positive. Il y a des milliers d’églises paroissiales vides, disséminées à travers tout le pays, mais aussi des mastodontes de sites industriels comme les hauts fourneaux d’Ougrée ou des immeubles de bureaux décriés datant des années 1970 et 1980. La réaffectation, à l’inverse de la démolition et de la construction neuve, offre non seulement des avantages écologiques et des défis spatiaux, mais aussi la possibilité de s’attaquer au chapitre identitaire d’un édifice. Le bureau de projets Herstemming Kerken (Réaffecter les églises), fondé par le gouvernement flamand pour proposer une réponse spatiale au problème de l’inoccupation, trace les lignes maîtresses d’une réaffectation intelligente où des choix très nets sont posés tant sur le plan de l’architecture que du programme. « Préserver la signification collective d’autrefois donne des perspectives pour l’avenir », écrivent Sven Sterken et Nicole Fröhlich. Ceci vaut aussi pour un patrimoine industriel qui, durant des décennies, a modelé l’identité de milliers d’ouvriers, et par conséquent de toute une région. Quand la réaffectation est dotée d’une signification collective, elle donne une place au traumatisme du déclin économique et de la fermeture de ces sites et introduit un nouveau chapitre identitaire, économique et urbain. À Pont-à-Celles, c’est déjà un fait avec la réaffectation de l’ancienne chaudronnerie en habitations sociales. Mais on attend toujours un projet visionnaire pour les hauts fourneaux d’Ougrée, et le temps presse.

Le taux de vacance des tours de bureaux dans la dernière décennie du 20e siècle a atteint un point critique dans plusieurs grandes villes. Avec pour conséquence des schémas de reconversion intéressants et les changements de programmes surprenants qui s’en suivent. La réaffectation de la tour Belgacom ou « la plus vilaine tour de Gand » n’est pas qu’un projet modèle sur le plan architectonique et structurel ; elle montre aussi qu’une réaffectation peut insuffler une impulsion nouvelle au niveau du quartier en ouvrant les structures et ainsi recomposer le tissu urbain. Le quartier Nord à Bruxelles demeure un cas d’étude qui fait baver bien des architectes et urbanistes. L’époque où les propriétaires trouvaient toujours un autre service de l’État pour remplir leurs bureaux vides est révolue et une nouvelle approche au niveau du quartier s’avère extrêmement urgente. Différents acteurs, des architectes mais aussi des agents du secteur privé, le monde académique et les autorités unissent leurs efforts pour donner forme à cette nouvelle approche. Les bureaux conçus comme des fortins monofonctionnels pourvus d’une plinthe imprenable sont dépassés depuis longtemps. Dans les têtes comme dans la tour même, il y a désormais de la place pour toutes sortes de programmes. Des habitations ? un hôtel ? une école ? même un sanatorium ? We can !

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