Edito A+265

publié le 12.04.2017 | texte Pieter T'Jonck

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Gand et Liège ont plus de points communs qu’il n’y paraît à première vue. Au classement démographique, ces villes belges arrivent respectivement en 3e et 4e position. L’agglomération de Liège est même légèrement plus grande que celle de Gand. Malgré leur prestigieux passé, leur rayonnement et leur grandeur, ces villes n’ont jamais été de vrais centres de pouvoir. Et comme ce n’était pas leur ambition, elles sont davantage restées repliées sur elles-mêmes. C’est tout à fait compréhensible. Dès le Moyen Âge, leur port, leur industrie et leur vaste hinterland leur ont donné suffisamment d’autonomie. Plutôt que de se plier à une unique et grande vision souveraine, elles se sont développées autour de nombreux pôles simultanés. Aujourd’hui encore, Bruxelles est loin de Gand et de Liège, et ces villes n’ont que peu de concurrence dans leur voisinage immédiat.

Peut-être les villes ont-elles intérêt à rester à l’écart du tumulte national ? C’est le propos du livre ‘If Mayors Ruled the World/Dysfunctional Nations, Rising Cities’ de l’Américain Benjamin R. Barber. Il démontre que les villes sont mieux placées que les États-Nations pour résoudre les problèmes qui touchent le monde entier tels que le réchauffement climatique, le trafic de drogue, etc. Les frontières nationales n’empêchent en tout cas pas les villes de collaborer. Proches des problèmes concrets des gens, elles en ont une approche plus pragmatique. « There is no Republican or Democratic way to fix a sewer » (trad. libre : il n’y a pas de manière républicaine ou démocrate de réparer un égout), cite Barber, reprenant l’ex-maire de New York Fiorello La Guardia. Il conclut que les villes sont des modèles de bonne gestion. Son argument final : plus de la moitié de la population mondiale vit dans des villes.

Les arguments de Barber s’appuient principalement sur la situation américaine. Ou considérerait-il la Belgique comme une seule grande ville ? Les antécédents des villes belges n’ont pas toujours été très brillants. Elles ont toujours détesté les ingérences venues d’en haut. Le fait, par exemple, que quelqu’un d’extérieur tente d’imposer des règles urbanistiques s’est toujours heurté à un esprit d’indépendance profondément ancré.

Au tournant du siècle dernier, les résultats ont été désastreux. Après des décennies ‘d’affairisme’ et de politique de l’ombre, ou simplement de mauvaise gestion, la plupart des villes belges se sont retrouvées socialement et économiquement à l’agonie. Ce manque de gestion a donné les coudées franches, généralement de manière désastreuse, à la logique technocratique d’autres ‘États dans l’État’ tels que les sociétés de transport et les administrations en charge de la mobilité. Pas évident d’inverser la vapeur ! En 2000, l’État fédéral a dû venir à la rescousse avec une politique des grandes villes. Depuis, les choses vont visiblement et réellement mieux. Les villes ont développé leur capacité à résoudre les problèmes en profondeur – même si c’est parfois de manière inégale.

Mais les instances supérieures ont bien donné le ton. Indubitablement en ce qui concerne l’architecture et l’urbanisme. Sans un Vlaams Bouwmeester, l’importance de la qualité architecturale ne serait pas entrée dans les mœurs au point que les villes se dotent elles aussi d’un Maître architecte. Pourtant, c’est une évidence. La quasi-totalité des questions urbaines touchent à l’architecture et l’urbanisme. Qu’il s’agisse d’habitat abordable, d’environnement offrant une qualité de vie ou simplement de pistes cyclables sûres pour les écoliers.

Des villes comme Liège et Gand sont-elles entre-temps capables de voler de leurs propres ailes ? Dans le cadre du 200e anniversaire des universités jadis fondées dans les fières cités de Gand et Liège sous le régime des Pays-Bas, nous avons voulu le vérifier. Rapidement, nous sommes arrivés à la conclusion que deux numéros n’y suffiraient pas. Nous n’avons d’ailleurs presque pas abordé le rôle de l’université et de l’économie du savoir dans les développements urbains. Nous nous sommes concentrés sur quelques grands projets ayant pour ambition de mettre la ville sur de nouvelles voies.

D’emblée, ils démontrent que l’avenir d’une ville est plus que jamais lié à une culture forte de l’architecture et de l’urbanisme. Par ailleurs, il s’agit d’avoir une vision forte à long terme et une communication intense avec les citadins. À défaut, une ville ne sera jamais en mesure de relever les autres défis auxquels elle est confrontée.

 

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