Horizontal Metropolis, les territoires prodiges

publié le 28.06.2018 | texte Elodie Degavre Interview
Boston, Megapolis in de Verenigde Staten: "The metamorphosis of the middle ground".

Boston, Megapolis aux Etats-Unis: “The metamorphosis of the middle ground”. © Gsd Option Studio “Territorialism”, fall 2013, visiting professor Paola Vganò with Chiara Cavalieri

 

Paola Viganò vous fera aimer la périphérie, ce territoire indéfini qu’elle scrute avec intérêt. Cet été, sur l’invitation d’A+ et Bozar, l’architecte-urbaniste italienne, enseignante, chercheuse et fondatrice, avec Bernardo Secchi, du bureau Studio, se focalise sur la Belgique. Notre pays, qu’elle arpente depuis plus de vingt ans pour concevoir sa pensée et ses projets, occupera une place inédite dans un triplé exposition– conférence–summer school consacré à la « métropole horizontale », une vision d’avenir qui serait déjà en germe sur nos territoires.

Elodie Degavre : Paola Viganò, vous vous êtes intéressée très tôt à des territoires qui étaient délaissés par les professionnels de l’espace. Pour mieux comprendre votre approche, un pas de côté s’impose. Vous êtes architecte-urbaniste. Qu’y a-t-il derrière l’association de ces deux mots ?

Paola Viganò: Il y a une tradition, à mon sens, italienne, mais sans doute plus large, de continuité entre l’architecture et l’urbanisme. De tous temps, dans la culture architecturale et urbanistique italienne, l’architecte a été aussi urbaniste. Giuseppe Samonà a été parmi les premiers à théoriser l’unité qui existe entre architecte et urbaniste, unité qui ne veut pas nécessairement dire qu’ils sont identiques et qu’ils utilisent les mêmes outils. Il s’agit avant tout de se préoccuper d’échelles variées. Tous les grands architectes italiens ont été capables de réfléchir à la grande échelle : il suffit de penser à Vittorio Gregotti qui a travaillé sur « la forme du territoire », ou encore Aldo Rossi qui a beaucoup écrit au sujet de la construction urbaine. Pour quelqu’un qui vient de l’architecture, et qui a donc une curiosité pour l’espace et ses différentes échelles, le meilleur point de départ pour aborder l’urbanisme, c’est l’espace même, avec ses objets tangibles qui sont le dépôt de pratiques et d’imaginaires. Et non pas les mécanismes et les règles d’une « discipline » ou de procédures constituées. Je trouverais ça pas mal de dire que d’architecte, on devient urbaniste, et que l’urbanisme, c’est la construction lente d’une compréhension de l’espace, ce n’est pas une casquette que l’on peut se mettre directement sur la tête. Selon moi il n’y a pas de fracture entre ces deux mondes, l’architecture et l’urbanisme. Le projet n’appartient pas à un champ et pas à l’autre. Quand on commence à introduire ce type de distinctions, on va vers des mondes très spécialisés. Dans le monde occidental, à partir des années 1970, on a structuré l’enseignement et la recherche en séparant les deux disciplines : cette pensée alimentée par la fragmentation des savoirs est archaïque, et je vois autour de moi beaucoup de signes qui indiquent qu’aujourd’hui, l’architecture et l’urbanisme retissent des liens.

Pourtant le monde de la planification apparaît encore comme très spécialisé, et très peu « architecte » ?

Oh oui ! Je le sais… pour mes collègues du monde des planners, l’urbaniste est un personnage assez étrange. Ils ont beaucoup de certitudes quant à ce que devrait être la discipline. Par ailleurs, toute une série de professionnels qui s’occupent de la ville et du territoire se positionnent en retrait de la question de la transformation de ces territoires. Or la transformation du territoire est inévitable, et on ne peut pas se limiter à être des commentateurs ! Cela pose la question du rôle du projet, qui a longtemps fait peur. Dans les années 1970, le planificateur, ou le chercheur en sciences sociales et urbaines, avait peur du projet, parce qu’il était l’expression d’un pouvoir. Le projet était considéré comme le serf du capitalisme, dépourvu de capacité critique. Il ne fallait donc surtout pas dessiner. Cette vision négative du projet a été extrêmement forte. Aujourd’hui je crois qu’on a retrouvé une certaine confiance en le projet. Non pas parce que le projet aurait démontré une capacité à résoudre tous les problèmes, mais parce que… on n’a pas beaucoup d’autres alternatives, n’est-ce pas ? On a démontré que d’autres instruments, par exemple les politiques, que l’on imaginait puissantes, mais peu concrètes en terme de transformation de l’espace, ont échoué. Donc peut-être que le bon vieux « projet », un instrument qui prend en charge la transformation, l’amélioration des conditions physiques de l’espace … s’avère plus efficace que d’autres. Surtout s’il s’agit d’un projet qui propose une réflexion, qui explore le futur : ceci est plus convaincant aujourd’hui qu’il y a vingt ans.

© Delphine Mathy

Horizontal Metropolis: a radical project, BOZAR, Bruxelles. © Delphine Mathy

Cet intérêt pour le pouvoir réflexif du projet vous amène à proposer, d’abord à la biennale de Venise en 2016, et maintenant à Bruxelles, la « métropole horizontale », une vision qui s’oppose à la valorisation habituelle de la ville dense. Elle rejoint un certain nombre d’études et de visions prospectives qui se penchent depuis plusieurs années sur des territoires diffus, indéfinis, suburbains, voir ruraux. Quand sont apparues ces préoccupations ?

Il y a longtemps ! On a commencé à se préoccuper de ce nouvel objet qui était en train de se construire à la fin du XIXe. On n’a pas cessé depuis, et surtout à partir des années 1960, en essayant d’interpréter, de définir, de dire : là, il y a une ville qui est différente de la ville traditionnelle, et elle questionne sa catégorisation. Et on lui donnait un nom. On a parlé de « ville-territoire » en Italie. De « ville diffuse » dans le Veneto, en mettant ensemble deux termes qui forment un oxymore. On y a démontré que les services, les infrastructures, la production étaient là, dans cet espace diffus et pourtant urbain et métropolitain. Il avait donc tous les caractères de l’urbanité, mais avait une forme différente. On a parlé de « banlieue radieuse » avec Marcel Smets en Belgique, un projet politique qui situait l’avenir radieux non pas dans les villes traditionnelles, mais ailleurs. On a parlé de « Zwischenstadt » pour l’espace entre les villes comme l’a fait Thomas Sieverts. Chaque définition est née dans un contexte spécifique, ce n’est pas quelque chose d’abstrait que l’on est venu appliquer sur un lieu.

HM

De gauche à droite: Valais, Suisse : ‘Rethinking the Alpine city-territory’, Hangzhou, Chine: ‘A City in the fields: reinterpreting Chinese Desakota en Lausanne, Suisse : ‘reframing the periphery’. © Gsd Option Studio “Territorialism”, fall 2013, visiting professor Paola Vganò with Chiara Cavalieri

 

Vous reconnaissez la Belgique comme un territoire de la dispersion, propice à certaines de ces définitions. De quoi est faite la dispersion belge ?

La Belgique et l’Italie ont peut-être bien joué un rôle particulier dans la mise en place de ces définitions. En France on a été beaucoup plus lent, dans le sens où on ne voulait pas admettre que c’était un phénomène digne d’intérêt. On nous disait, « ça c’est une question purement italienne ». Puis on a compris, évidemment, qu’il s’agissait d’un phénomène plus large. La dispersion belge est une dispersion de longue durée, comme la dispersion italienne. Ce sont des pays très densément habités. La Belgique parce qu’elle est petite et sans relief important. L’Italie parce qu’elle comporte beaucoup de montagnes. Les territoires disponibles sont très réduits. Et ils ont été extrêmement travaillés au cours des siècles pour être rendus habitables. L’importance des infrastructures à échelle locale est un trait commun à ces territoires où, comme en Belgique, on a l’impression qu’il n’y a pas un seul centimètre qui n’a pas été dessiné, transformé, rendu habitable, rendu utile.

Comment la « métropole horizontale » utilise-t-elle ces particularités ? Pourquoi est-il pertinent d’utiliser le mot « métropole » aujourd’hui ?

Ce n’est pas un mot nouveau, la métropole devient une préoccupation essentielle dès la fin du XIXe. La métropole a été le lieu de concentration des richesses, du pouvoir, et des opportunités. Elle était, aussi, un levier social. D’un autre point de vue, la métropole a consommé les ressources fournies par les territoires alentour, a concentré la richesse et la culture à leurs dépens. Ça, c’était la métropole du XIXe et du XXe siècle. Aujourd’hui, il faut se demander : « quel type de métropole veut-on ? ». C’est alors qu’apparaît l’hypothèse d’une « métropole horizontale », à l’opposé d’une métropole qui exprime la verticalité hiérarchique, dans son organisation spatiale, sociale et politique. La « métropole horizontale », au contraire, laisse filtrer les bénéfices de la métropolisation  – un processus en cours dans beaucoup de contextes – dans toutes ses parties. Elle n’accepte pas qu’il y ait des centres et des périphéries, des marges. Son caractère isotrope est important. Elle s’appuie sur le capital spatial qui est déjà là, et sur la possibilité de le réutiliser, de l’intégrer dans une vision capable d’induire la transition vers des espaces durables. En estimant que du point de vue de l’économie, de la production culturelle, des styles de vie, ce qui s’y passe compte au même titre que ce qui se passe dans la ville dense, bien desservie, équipée en musées… Car dans la ville diffuse aussi il y a des musées, de la littérature, des cinéastes, des photographes. Elle a généré sa propre esthétique, qui est désormais reconnue. Je ne peux plus accepter l’idée d’une métropole qui soit un mécanisme d’exclusion.

A contre-courant des efforts économiques et politiques du moment, vous estimez que le futur, en termes de durabilité, ce n’est pas la ville dense, fruit de la métropolisation « verticale », mais bien la métropole horizontale.

On dit au sujet des territoires de la dispersion qu’ils ont été mal conçus, mal dessinés, et que la ville durable, ça ne sera pas là ! Alors qu’il y a là des infrastructures, liées à la construction d’un territoire productif, qui pourraient être le socle sur lequel appuyer la transition écologique. Si on sacrifiait, selon un scénario absurde, le travail de centuriation fait par les Romains dans les marécages de la plaine du Veneto… on renoncerait définitivement à leur habitabilité. Or, aujourd’hui on n’aurait pas les moyens, les ressources, les milliers d’ouvriers nécessaires pour construire tout ça. Si on considère la Belgique comme une métropole horizontale, on voit qu’il y a des territoires bien plus marginaux que d’autres. Malgré cela, ils sont bien infrastructurés, bien équipés, ont une Histoire culturelle et environnementale dense. Ce capital spatial, environnemental et humain, un peu latent, il faudrait le réveiller ! En travaillant sur les qualités de leur espace, sur la diversité qu’ils amènent, sur les connexions aux autres territoires plus forts de la métropole. Il faut réfléchir à la distribution des infrastructures, aux services. La « métropole horizontale » revient sur la décentralisation, sur les problèmes d’une concentration excessive, sur l’horizontalité et la complémentarité des relations. Pour moi, la durabilité, c’est tirer parti de ce qui est déjà là, des grandes rationalités territoriales, liées à l’eau, au sol, à l’agriculture, tirer parti des villes existantes dans leur formes d’habitat variées, formes denses incluses. Cette ville qui n’a plus d’extérieur est le lieu dans lequel résoudre les problèmes d’aujourd’hui, dans lequel mieux nous adapter au changement climatique, retrouver de la biodiversité, avoir un cadre de vie intéressant, repenser les formes et les espaces du travail. La pensée main stream, selon laquelle les villes ont comme seul futur de densifier les parties déjà denses, n’a aucun intérêt. Aujourd’hui les stratégies de densification vont toutes dans la même direction : combler tous les trous ! Cela signifie que l’on n’a pas compris que ces trous jouent un rôle très important, par exemple du point de vue écosystémique. On commence à en prendre conscience, par exemple au nord de Milan, où la densité est très élevée et dispersée. Les espaces libres sont désormais assez rares. Il suffit qu’il pleuve pour que l’on comprenne pourquoi c’est peut-être bien de ne pas aller densifier ces derniers espaces vides. Si on voit les choses de façon plus large, penser la « métropole horizontale », c’est repenser les relations de pouvoir, regarder le territoire urbain que nous avons construit, et considérer, à partir de là, les questions que nous avons à traiter.

Van links naar rechts: Brussel-West, Gent,  Oost-Vlaams  kerngebied, Sambervallei.

Van links naar rechts: Brussel-West, Gent, Oost-Vlaams kerngebied, Sambervallei.

Pour l’exposition à Bruxelles, vous appliquez cette lecture territoriale à la Belgique. Trois cas d’étude inédits – wallon, flamand et bruxellois – seront abordés lors d’une summer school, sous votre direction, et viendront s’ajouter progressivement à cinq cas d’étude déjà traités en Suisse, en Italie, aux États-Unis et en Chine. Quels territoires avez-vous choisi et pourquoi ?

Le premier cas que nous proposons est le val de Sambre. C’est une vallée qui hérite de centaines d’hectares de friches polluées. Pour quelques dizaines d’années de production de richesses avant les années 1960, il y aura plusieurs siècles de remise en fonction du territoire, du point de vue de ses écosystèmes. Si on ne peut pas le dépolluer dans l’immédiat, on peut y produire des richesses. A travers le recyclage, et à travers des productions expérimentales de plantations qui contiennent des molécules utiles à l’industrie pharmaceutique – c’est un projet de Gembloux Agro-Bio-Tech -, capables de générer des revenus utiles qui permettront de le dépolluer ensuite. C’est un lieu aux marges, où la SNCB ferme les gares, où il y a de la pauvreté, une population qui a beaucoup souffert ces dernières années. Pour cette dernière, la « métropole horizontale », c’est une vision qui sort de la grande figure du sillon industriel et la relie au reste du territoire.

Nous traitons aussi Bruxelles, territoire où est apparue la notion de métropole horizontale lors de notre étude « Bruxelles 2040 », parce que Bruxelles nous semblait déjà proche d’être une métropole horizontale, à l’image des grandes villes qui n’ont pas été très attractives jusqu’ici. Mais si Bruxelles poursuit sa tendance actuelle à devenir plus attractive, plus orientée vers certaines populations, elle sera beaucoup moins horizontale. C’est le moment de reposer la question de son horizontalité, que nous avions lue comme une qualité, cette fois-ci à partir de la grande figure des jardins de l’Ouest.

Et le troisième territoire est celui de Gand, en pleine croissance, beaucoup plus fort que le Val de Sambre, mais seulement en apparence. Dans ces territoires où l’agriculture est intensive, industrielle, les sols sont épuisés. La population de la ville diffuse vieillit et le capital spatial aussi : les maisons, les jardins, les voiries… Il faut revenir là avec un futur. Ces trois cas, fortement différents, vont être intéressants, parce que c’est vraiment le genre de territoires dans lequel les questions révélées par la métropole horizontale peuvent être soulevées, et parce qu’ils peuvent porter des projets spatiaux qui sortent des idées reçues et prennent des dimensions différentes.

Bruxelles 2040: la Métropole Horizontale : Grid; Valleys and RER; Urban figures, public space and RER © Studio 010-011 Bernardo Secchi, Paola Viganò with CREAT, Egis Mobilité, TU Munchen, and Ingenieurburo Hausladen GMBH, Karbon’, IDEA Consult.

Bruxelles 2040: la Métropole Horizontale : Grid; Valleys and RER; Urban figures, public space and RER © Studio 010-011 Bernardo Secchi, Paola Viganò with CREAT, Egis Mobilité, TU Munchen, and Ingenieurburo Hausladen GMBH, Karbon’, IDEA Consult.

Cette réflexion se place dans la continuité d’une méthodologie que vous avez mise en place sur le long terme dans votre pratique, et qui s’appuie sur la description des territoires. Vous l’abordez dans l’ouvrage « Les territoires de l’urbanisme », où vous expliquez les proximités et ambiguïtés qui existent entre décrire et projeter. Savoir observer et décrire serait-il la principale qualité des architectes-urbanistes ?

Nous ne sommes pas les seuls observateurs du monde : les sociologues, les ethnographes…ne seraient évidemment pas d’accord de dire que les architectes et les urbanistes ont le monopole de la description. Mais que notre regard est absolument spécifique, c’est une certitude. Je pense que nous avons des techniques et des capacités d’exploration de l’espace intéressantes et originales par rapport à d’autres disciplines. La difficulté que d’autres champs disciplinaires ont à représenter l’espace est grande, et nous sommes d’une certaine façon privilégiés. Beaucoup de chercheurs, dans le domaine de la géographie ou de la sociologie, se préoccupent et parlent de l’espace. Mais peu d’entre eux sont capables de le rendre visible et lisible. Notre regard, d’architecte et d’urbaniste, est légitime s’il construit la description au départ des propriétés physiques de l’espace, des choses que l’on peut vraiment toucher, dont on peut faire l’expérience avec nos sens, comme je l’ai mentionné plus tôt. Puis il faut dépasser ce point de départ, pour accéder à d’autres couches qui ne sont pas directement lisibles pour nous : les morphologies sociales, économiques… Notre spécificité est donc de lire la matérialité et la manière dont elle s’est constituée, en tant qu’espace habité et pratiqué. Derrière cette matérialité, nous savons lire les techniques qui l’ont produite, l’évolution de ces techniques, nous pouvons questionner son infra-structuration, sa relation avec les formes naturelles. Notre regard peut s’attarder sur les matériaux qui sont là, sur ce que j’appelle le « stock », une notion qui me semble fondamentale. Face à l’emphase actuelle sur les flux et sur le métabolisme urbain, on a tendance à oublier et à marginaliser le stock, ou capital spatial, qui est traversé par ces flux de personnes, d’énergie et de matière. Notre regard spécifique doit nous permettre d’y rester attentifs.

Comment fonctionne la description et comment peut-elle s’articuler avec la méthodologie de projet des urbanistes et architectes ?

La description est un thème qui continue à fasciner, principalement parce qu’elle est inépuisable : on peut y passer toute une vie. Son procédé n’a plus besoin d’être défendu et est bien connu. La description commence par une sélection : quand je décris, je dis qu’il y a des choses plus visibles, et d’autres moins visibles. Je suis donc déjà en train de construire une structure, sur laquelle le projet peut naître et qui rend le projet visible et compréhensible. La description a comme particularité de construire ses propres règles, d’inventer ses propres méthodes, ses techniques, ses représentations… On prend parfois la description de haut, en insinuant qu’il s’agit du degré le plus bas de la conceptualisation : je pense tout le contraire. La description d’un territoire est un acte fort imaginatif. C’est un acte qui structure la pensée qui sous-tend un projet, et lui donne une direction. Lors de la description, les pensées se forment et se touchent, conduisent à des idées, on est dans le projet. On peut donc dire, d’une part, que la description peut se faire projet, et ce rapport-là entre décrire et projeter a déjà été exploré maintes fois. Mais je voudrais insister d’autre part sur un autre rapport possible entre description et projet. Il s’agit de s’intéresser non pas à la description qui contiendrait déjà des éléments de projet, mais au projet comme outil de la description, et c’est ce que j’ai tenté de l’expliquer dans « Les territoires de l’urbanisme ».

Vous proposez donc de dépasser cette assertion que vous mentionnez comme communément admise : « décrire, c’est déjà faire du projet », pour définir le projet lui-même comme description du territoire.

Abordons cette vision des choses en imaginant une ligne tracée sur un territoire. Cette ligne rencontre une série d’accidents. Chaque fois que j’insiste sur cette ligne, le territoire me raconte une histoire. Ce n’est le cas que si je regarde attentivement ce que je fais, bien sûr, si je sais que je prends appui sur une topographie, sur un type de sol, sur un lieu qui est plus ou moins habité. Je pourrais tout aussi bien tirer une ligne sans en prendre conscience, comme s’il y avait là juste une feuille blanche, à la manière de la tabula rasa de l’urbanisme moderne. Mais si je fais ça un peu consciemment, je comprends que le projet, qui émerge du territoire, est une forme de description. Je pourrais, pour comprendre un territoire, regarder une description de ce territoire, mais je pourrais aussi regarder certains projets qui ont été capables de le décrire. Car quand on conçoit un projet, on est tout le temps en train de décrire. Un projet qui ne lit presque rien, qui arrive à ne rien décrire, nous donnera probablement l’impression que le territoire où il se trouve est identique à n’importe quel autre. Or le projet doit être un instrument capable de révéler les différences plutôt que de les aplanir. En prendre conscience permettrait de concevoir des projets beaucoup moins banals, beaucoup moins génériques et beaucoup plus subtils… Des projets bien plus capables de révéler la diversité.

 


 

Horizontal Metropolis: A radical Project

Curatrice: Paola Viganò
Du 15 juin au 26 août 2018
Palais des Beaux-Arts, Bruxelles
Entrée libre

Coproduction A+ Architecture in Belgium, BOZAR
Main sponsor Atenor
Partenaire structurel : FEBELCEM
SoutienVlaamse overheid, Ville de Bruxelles, Région Bruxelles Capitale, Fédération Wallonie-Bruxelles, Région Wallonne

Curatorial Team: Martina Barcelloni Corte [EPFL], Chiara Cavalieri [EPFL], Michiel Dehaene [UGent], Bénédicte Grosjean [ENSAP Lille], Géry Leloutre [ULB] 
Recherche contexte belge : Bénédicte Grosjean (Coordination), Michiel Dehaene, Géry Leloutre, David Peleman
Production des cas belges : Paola Viganò, Michiel Dehaene, Géry Leloutre (Coordination), Alessia Calo, Bertrand Plewinski, Elke Duvillers, Emma Bierens, Pauline Varloteaux, Paolo Ruaro, Davide Cauciello et Axel Hidalgo
Scénographie : Tommaso Pietropolli
Summer School : Paola Viganò, Michiel Dehaene, Joachim Declerck, Géry Leloutre, Chiara Cavalieri, Guillaume Vanneste et Christian Nolf
En collaboration avec Studio Paola ViganòEPFLIUAV, Facultés d’architecture de Ugent et de La Cambre Horta (ULB).

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